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SAINT-REMY

Hospitalisé en maison de santé, Van Gogh analyse avec lucidité sa maladie. Il ne la voit que comme l'évocation de sa solitude et sa mélancolie. Son état ne l'empêche pas de peindre. Bien au contraire, il y voit une manière de guérir.


L'entrée de l'asile Saint-Paul
Pierre noire et gouache 61,5x47 cm
Octobre 1889

Il s'inspire de son entourage et de la maison de santé, pour exécuter peintures et dessins : "... Comptant que la vie se passe surtout dans le jardin, ce n'est pas si triste."


Le jardin de l'asile
Huile sur toile 95x75,5 cm
Mai 1889

Lors des trois premiers mois, il peint des iris. Ce sujet est l'un des plus connu à notre époque. Bien qu'une de ses toiles ait atteint des records de prix de vente, d'autres versions ont été peintes.


Les Iris
Huile sur toile 71x93 cm
Mai 1889
Ce tableau avait battu un prix record lors de sa vente chez Sotheby soit 8,2 millions d'Euros.
L'acheteur ne pouvant rembourser, une partie de l'argent prêté,
vendit ce tableau le 21 mars 1990 au musée Paul Getty, (Californie) pour la somme de 53,3 millions d'Euros.

Son autre sujet du moment est les cyprès : "C'est beau comme ligne et proportion, comme un obélisque égyptien."


Les Cyprés
Huile sur toile 95x73 cm
Juin 1889

"La nuit étoilée" est sans conteste le chef d'œuvre des toiles sur ce sujet. Ce tourbillonnement de ligne entourant les étoiles, les nuages et le paysage, débutera de manière flagrante aux procédés expressionnistes.

Après l'agression contre l'un de ses gardiens, Vincent est contraint de peindre dans sa chambre. Il copie Millet, Delacroix, Rembrandt, et reprends tous les motifs qu'il affectionne et les réintègre avec plus de force et de couleur.

Il écrit à Théo le 25 octobre : "Cependant, la mélancolie me prend fort souvent avec grande force, et plus d'ailleurs la santé revient au normal, plus j'ai la tête capable à raisonner très froidement, plus faire de la peinture qui nous coûte tant et ne rapporte rien, même pas le prix de revient, me semble comme une folie."
Cette lettre n'est pas unique. Comme dans bien d'autres, l'impossibilité de vendre ses œuvres, et par la même de dédommager son frère, sera évoquée. Ce problème n'est pas étranger à sa maladie.
D'autres peintres rencontrent aussi cette difficulté, comme Gauguin, Cézanne, Redon, et la majorité des impressionnistes.
Il s'agit à l'époque d'un art révolutionnaire, qui transgresse les lois et les goûts académiques. Cette peinture révolutionnaire, n'a que l'hostilité du public.

En octobre 1889 Théo lui envoie des revues d'art. Dans l'un d'entre elle, une critique est rédigée par Issacson, peintre hollandais : "Qui traduit pour nous en force et en couleurs la vie gigantesque, la formidable vie du XIXème siècle qui prends conscience de lui-même ? J'en connais un, un pionnier solitaire, qui lutte seul dans la nuit sombre ; son nom, Vincent est pour la postérité."
Et Vincent de réagir : "Dans les quelques journaux hollandais que tu as ajouté aux Millet, je remarque des lettres parisiennes que j'attribue à Issacson. C'est très subtil et on devine un être douloureux, inquiet, d'une tendresse rare (…) Pas besoin de te dire que je trouve extrêmement exagéré ce qu'il dit de moi dans une note, et raison de plus pour que je préfère qu'il ne dise rien de moi."
Bien que son commentaire soit judicieux, sa réaction aurait mérité plus de souplesse, par le fait que cette note était la première critique élogieuse.

Théo avait réussi à faire exposer "La nuit étoilée", "les Iris" et quelques autres peintures au Salon des Indépendants à Paris et au Salon des XXème de Bruxelles. L'évènement marquant sera la vente d'une des toiles : "la vigne rouge", pour la somme de 400 frs.


La vigne rouge
Huile sur toile 75x93 cm
Novembre 1888

A la fin de l'année une violente crise pousse Vincent à avaler de la peinture et de l'essence. Après son rétablissement, il part à Arles, saluer Mme Ginoux. Il fera 5 portraits de cette femme.

De février à la mi-mai 1890, son état empire. Les crises le laissent hébété et sans force. Il écrit à Théo : "Aujourd'hui, j'ai voulu essayer de lire les lettres qui étaient venues pour moi, mais je n'avais pas encore assez de netteté pour pouvoir les comprendre (…) Je reprends encore cette lettre pour essayer d'écrire, cela viendra peu à peu, c'est que j'ai eu la tête prise tellement, sans douleur il est vrai, mais totalement abruti (..) Et voilà que je désespère presque ou tout à fait de moi."

Vincent exprime début mai, son envie de quitter la maison de santé, pour retourner dans le Nord. Pissarro, ami des frères Van Gogh, incite Théo à faire suivre Vincent par le docteur Gachet, qui réside à Auvers-sur-Oise.
Vincent écrit la première quinzaine de mai, la lettre la plus déchirante de cette époque : "Veuille donc écrire à M Peyron qu'il me laisse partir, mettons le 15 au plus tard. Si j'attendais, je laisserais passer le bon moment de calme entre deux crises, et partant à présent j'aurais le loisir nécessaire pour faire la connaissance de l'autre médecin. Alors si dans quelques temps d'ici le mal reviendrait, ce serait prévu et sans gravité nous pourrions voir si je peux continuer en liberté ou bien s'il faut se caser dans une maison de santé pour de bon (...) J'ai essayé d'être patient, jusqu'ici je n'ai fait du mal à personne, est-ce juste de me faire accompagner comme une bête dangereuse ? Merci je proteste. S'il arrive une crise, dans toutes les gares on sait comment faire et alors je me laisserais faire (...) ma patience est à bout, à bout mon cher frère, je n'en peux plus, il faut changer même pour un pis-aller."


La ronde des prisonniers d'après Doré
Huile sur toile 80x64cm
Février 1890

Il arrive le 17 mai à Paris et Théo l'amène à son domicile ou il lui présente sa belle sœur et son neveu né le 31 janvier 1890.

Pendant cette année passée à Saint-Rémy, Vincent a peint 150 toiles et réalisé une centaine de dessins. Cette productivité est étonnante lorsque que l'on pense à la fréquence de ses crises. Cette période n'est pas seulement productive, elle est aussi la meilleure du point de vue stylistique.
Emile Bernard écrit à ce sujet : "Jamais peut-être il n'a si bien peint et avec plus de hardiesse."
En effet, la couleur toujours vive et contrastée, les lignes ondulantes et tourmentées impriment au sujet un dynamisme et un rythme stupéfiant.


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